Hommages & témoignages

Récit du voyage en Poméranie
du 5 au 11 juin 2018

Sur les traces de mon pépé

 

Lorsque je franchis la porte de l’avion pour Berlin ce 5 juin, j’avais dans mon esprit des images. Des photographies en noir et blanc que j’avais analysées avec curiosité à différents moments de ma vie. Dans le tiroir de la grande commode en bois de la chambre de ma Mamie, elles ne quittaient jamais cette enveloppe de papier kraft qui semblait enfermer bien plus que de simples clichés. Mais aussi des moments en couleurs vécus aux côtés de mon Pépé, lors de ces grandes tablées à Ledeuix, sur ses terres, où il présidait toujours l’assemblée à la majorité féminine écrasante que nous formions avec mes deux grandes sœurs et mes deux puis trois puis quatre cousines. Le goût de l’enfance, des vacances, et de la famille. Cette grande maison aux toitures d’ardoise si caractéristiques de la région sentait bon les livres. Les murs de notre dortoir, au garage, en étaient tapissés du sol au plafond. Le bureau de mon grand-père, également au sous-sol, regorgeait de références philosophiques, fruits de son activité de professeur. Mais les mieux mis valeurs étaient les ouvrages historiques liés à la carrière du Général de Gaulle et à la guerre d’Algérie, qui trônaient dans la bibliothèque du salon. Ce n’est que plus tard, après le décès de mon grand-père, alors que ma grand-mère était venue vivre avec nous à Toulouse, que je découvrais l’existence de cette enveloppe qui gardait les traces de cinq longues années de captivité.

Mon grand-père, Jean Lahargue, né le 30 avril 1913 à Oloron Sainte-Marie, professeur de philosophie, sous-lieutenant puis lieutenant du 146ème régiment d’infanterie de forteresse, fut capturé le 21 juin 1940 à Gerbéviller, tout près de la Ligne Maginot, la veille de la signature de l’armistice entre la France et l’Allemagne. Il est envoyé à l’Oflag (1) XIIB de Mayence (Allemagne), énorme centre de tri de prisonniers. De là, je n’ai pas encore pu déterminer quel a été son parcours exact. Il semble qu’il serait passé par l’Oflag XIIIA de Nuremberg jusqu’en septembre 1940. Puis, les différentes photos montrent qu’il a vécu un temps à l’Oflag IID de Gross Born (désormais Borne Sulinowo, en Poméranie polonaise), avant le transfert à l’Oflag IIB d’Arnswalde (actuellement Choszczno, toujours en Poméranie, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Borne Sulinowo), où il a vécu au moins de 1943 (s’il est passé par Arnswalde, il a sans doute fait partie du transfert entre Français et Polonais qui a eu lieu en mai 1942) à janvier 1945. Il a participé à la marche du retour à pieds (trois colonnes sont parties d’Arnswalde).

Peu avant la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, nous bifurquons pour nous rendre à Grünberg, minuscule bourg où l’on peut encore voir la ferme, avec un baraquement en bois semblable à ceux de l’Oflag IID, où neuf cents prisonniers ont passé la nuit lors de la marche du retour de l’Oflag IIB. Il semble que l’un d’entre eux sert actuellement dans la gestion d’une ferme agricole. Le soleil qui nous accompagne nous oblige à puiser dans notre imagination pour tenter de peindre par-dessus notre douce perception la couleur blanche de la neige et le froid rongeant les os qui accompagnèrent tous ces hommes tout au long de cette marche de la mort. Entreprise extrêmement difficile.

Le trajet pour rejoindre Borne Sulinowo avoisine les trois cents kilomètres depuis Berlin. Nous traversons des champs à perte de vue, sur un relief quasi inexistant. Les couleurs verdoyantes et les arbres dont l’ombre couvre notre passage témoignent de saisons passées riches en pluies. Grues cendrées et cigognes profitent d’un soleil généreux. Après un bref arrêt à la gare de Stargard pour y récupérer Gabriela, notre brillante interprète, cap plein Est pour notre destination. Le soir, nous sommes accueillis par Dariusz, homme à tout faire en charge du musée de l’Oflag IID, passionné par l’histoire récente de son pays et ayant choisi une vie entièrement vouée à la mémoire et à la construction d’une nouvelle Pologne, ouverte et sensible à l’amitié entre les peuples.

1 - Abréviation d’ “Offizierslager”, camp d’officiers prisonniers de guerre par l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale.
Le chiffre romain fait référence à leur région de rattachement et la lettre sert à différencier les différents camps d’une même région.

 

Le lendemain, la journée est consacrée à Borne Sulinowo, village d’à peine moins de cinq milles habitants, plaque tournante malgré lui à la croisée des chemins de la barbarie pendant soixante ans. Bercé par ses bois de pins et ses allées de tilleuls, les pieds dans un sol sableux sur les bords du lac dont la brise caresse les roseaux, Borne Sulinowo ressemble à un lieu de vacances paisible où l’on se balade à bicyclette pour aller pêcher. Comment imaginer l’horreur sur ses pierres ? La distance historique et le fossé émotionnel qui découlent directement de ce décalage rendent les paroles silencieuses de ses murs et de ses rues encore plus puissantes. Nous n’en sommes pourtant qu’aux prémices de notre voyage.

Notre visite du collège-lycée, qui porte désormais le nom des « Héros de l’Oflag IID » tel qu’indiqué par les deux plaques apposées au mur (l’une dévoilée en septembre 2009 à l’occasion du baptême de l’établissement, et l’autre en mai 2012 lors de la commémoration du transfert des officiers polonais et français en mai 1942), nous permet de découvrir quelques aspects de la nouvelle vie de Borne Sulinowo. Petite surprise lorsque nous pénétrons dans une salle de classe, en voyant trôner à côté de l’aigle blanc, emblème de la Pologne, un crucifix au-dessus du tableau. Le directeur explique que l’éducation nationale publique est bien laïque mais qu’il appartient à chaque responsable d’établissement de choisir s’il souhaite afficher ou non des signes religieux. Il fournit quelques détails concernant le travail effectué auprès des jeunes et l’organisation des différentes activités, puis présente le drapeau au tilleul bleu et vert, emblème de la ville. A l’époque allemande, cette ville s’appelait Gross-Born Linde (le tilleul en allemand)). Nous n’entrons dans le vif de notre sujet historique qu’une fois assis dans une salle de classe, face au grand Dariusz et son savoir immense, qui nous offre en un temps record un cours magistral d’histoire contemporaine de la Pologne. Premier choc que de se rendre compte à quel point ce territoire constitue un centre stratégique qui a fait de lui un objet des plus virulentes batailles depuis des siècles. Mais surtout premières émotions profondes en réalisant ce que la population a dû subir de la part de deux des régimes totalitaires les plus mortifères qu’ait connus le monde. Au sortir de soixante ans d’abominations, en 1993, Borne Sulinowo connaît enfin la liberté et la vie. Ce n’est qu’alors que l’on assiste à l’ouverture de ses premiers commerces ou encore à la mise en fonctionnement de sa toute première boîte aux lettres.

Après cette mise en perspective historique, il est temps de se frotter au réel, en commençant par la mémoire transmise par les murs et les pierres qui nous entourent. C’est ainsi que nous visitons plusieurs points de la ville dont le poids historique reste encore palpable : la petite gare de Gross-Born, désormais une petite maison presque coquette, qui accueillit Hitler à deux occasions et un peu plus loin, le quai et l’esplanade qui permettaient la descente des chars et tanks sous l’œil expert du maître du Blitzkrieg, le général Heinz Guderian ; cet imposant bâtiment en ruines (suite à un incendie survenu en 2010) qui fut le Mess, casino des officiers nazis, construit entre 1935 et 1936 sur les bords du lac Pile, et qui fut utilisé pour d’immenses réceptions pour les troupes allemandes jusqu’en 1945 puis par les soviétiques qui y hébergèrent entre autres une école de musique, une librairie, un restaurant. Ici, même si la nature a repris ses droits, l’architecture massive et démesurée du régime nazi émet un souffle glacial par des fenêtres qui gardent certainement des traces de conversations macabres. 

Nous clôturerons notre journée par une rencontre avec la communauté carmélite hébergée à quelques centaines de mètres de là, dont les habitantes accompagnées d’un prêtre parlant couramment français et espagnol, nous reçoivent avec des sourires et une joie de vivre qui symbolisent sans nul doute la chaleur polonaise. 

Le lendemain, avant de nous rendre à Choszczno, nous faisons un détour par Dobiegniew (2) pour visiter le musée de l’Oflag IIC où furent prisonniers six milles officiers polonais. La présentation de nombreux objets permet de comprendre un peu mieux à quoi pouvait ressembler la vie quotidienne dans ces camps. En particulier, chacun reste pensif face à la reconstitution d’une chambre composée de châlits de trois lits superposés collés sur tout le long de la pièce, d’une table et de plusieurs bancs pour s’assoir ainsi que d’armoires de fortunes pour que chacun des locataires puisse y ranger le strict minimum en sa possession. Outre les vitrines exposant des lettres de prisonniers, des armes, des vêtements ou encore des photographies, ce sont les cartes qui attirent le plus mon attention. L’évidence saute aux yeux : l’Allemagne nazie a fait preuve d’une organisation et d’une prévision absolument exceptionnelles. Le nombre d’Oflags, de Stalags ainsi que des très nombreux autres camps pour mettre en œuvre la « solution finale » est impressionnant, tout comme leur répartition stratégique sur tout le territoire du Grand Reich. 

Sur cette pensée, direction Choszczno, petite ville qui compte actuellement environ seize mille habitants, détruite à 80% au début de 1945 et qui hébergea l’Oflag IIB. Notre petit groupe est reçu par le très charmant capitaine de la caserne, dans les murs de ce qui fut l’Oflag IIB. Les photos de mon grand-père bien en tête, les quatre blocs n’ont pas pris une ride. Même les portes en bois sont intactes. Au fond de la grande cour centrale, la turnhalle, énorme bâtiment utilisé comme gymnase mais aussi comme église ou théâtre à l’époque de la captivité, n’a quasiment pas été touchée non plus. Avant le repas copieux qui nous est chaleureusement offert par le capitaine et les autorités de la ville, je vis quelques minutes en suspens lors de la petite cérémonie et du dépôt de gerbe devant le monument franco-polonais situé à l’entrée de la caserne. Aux côtés de Marie-France FAYET, fille d’un prisonnier de l’Oflag IIB, le capitaine Pierre CARCEL, ces quelques pas, les mains fleuries aux couleurs de la France, me renvoient aux émotions et valeurs profondes qui m’ont menée à parcourir ce chemin jusqu’ici. Arnswalde, un lieu, un moment de ma vie. Je pense avec émotion à ma mère, à mon oncle, à mes grands-parents, à mes sœurs et à mes cousines avec qui j’aimerais partager cet instant hors du temps en honneur au père de notre famille. Tenter de comprendre, tenter d’apprécier une réalité à la fois si lointaine et si proche, de marcher dans ses pas, sur ses pierres, dans ses murs. Mon esprit se pose sur cette cour immense où j’imagine les trois mille officiers français lors des appels quotidiens, qu’il vente, qu’il neige ou que le soleil s’écrase sur leurs uniformes de toute sa puissance. À quoi pensaient-ils alors ? Où trouvaient-ils la force de ne jamais baisser les bras ? Avaient-ils réellement de l’espoir ? Trente-deux mois d’enfermement ici. Il me semble évident qu’il est tout simplement impossible de parvenir à mesurer ce qu’une telle expérience peut provoquer dans le corps et dans l’esprit d’un homme. Alors je m’assois près de la turnhalle afin de recueillir au fond de moi cette atmosphère qui flotte encore. Une petite brise fait virevolter les feuilles des arbres et les corbeaux ne cessent leur balai, d’un bloc à l’autre, tournoyant au-dessus de la cour. La visite du premier étage de l’un des blocs confirme ces sensations qui fleurissent en moi. Monter ces marches, toucher cette rampe d’escalier. Tout est encore là. Les sons résonnent à l’infini dans ces couloirs lumineux. J’entends presque ces milliers de pas. Je les sens présents. 

Avant de rentrer reposer nos esprits, notre petit groupe rend une seconde fois hommage aux prisonniers polonais et français au monument de l’Oflag situé au centre-ville, et fait un détour par la gare par laquelle sont partis les officiers polonais (partis vers Gross-Born) et sont arrivés nos pères en mai 1942.                                                          
2 - Woldenberg à l’époque allemande.

 Vendredi 8 juin, direction Szubin, à environ cent trente kilomètres au sud-est de Borne Sulinowo, pour visiter l’Oflag XXIB. Nous sommes reçus dans le musée de la ville et Mariusz Winiecki, historien expert de ce camp, nous donne des informations approfondies concernant ce lieu qui fut tout d’abord, à partir de 1939, un camp de travail pour les propres habitants de la ville, avant d’évoluer à partir de 1942 en un camp de prisonniers français puis de s’agrandir considérablement afin d’assurer la captivité de prisonniers australiens, américains, polonais, tchèques ou encore hongrois. Désormais, ces murs sont ceux d’un établissement public pour des jeunes ayant commis des délits. L’intérieur ressemble énormément au bloc visité à Arnswalde la veille. 

La première grande émotion de la journée surgit à l’occasion de l’hommage que nous rendons aux prisonniers français devant le monument érigé devant ce qu’était le camp à l’époque. Pierre LABBAYE, qui participe au voyage, dépose là une gerbe en souvenir de son père, captif en ce lieu durant six mois après être resté également six mois à Gross-Born avant d’être rapatrié en France en tant qu’ancien combattant de la première guerre mondiale. Un émoi palpable traverse chaque personne présente au regard de cet homme de quatre-vingts ans au bord des larmes.

Pendant que nous entourons Pierre du mieux que nous le pouvons dans un tel moment, je me rends compte qu’un homme nous regarde intensément quelques mètres plus loin. Grand blond, le visage paisible, d’allure sportive avec un t-shirt blanc, de type nordique, il pourrait bien être suédois. Il porte un sac à dos de voyage et une casquette qui cache un peu ses yeux bleus. Alors nous avançons vers lui et, par une accolade d’amitié et de bienvenue profondément sincère, Étienne nous présente Uwe SCHRÖDER, petit-fils d’un gardien allemand de l’Oflag IID de Gross-Born qui a fait la démarche de contacter l’Amicale par son site pour rencontrer des descendants de prisonniers du camp dans lequel travailla son grand-père sous le régime nazi. Son émotion incontrôlable le submerge, il serre les lèvres pour ne pas flancher, son regard franc s’arrête sur chacun, comme cherchant un signe de pardon. J’éprouve là, en quelques minutes, dans ma chair, le poids de l’Histoire. Celle qui fit ce que nous sommes et par le prisme de laquelle nous serons ce que nous faisons du présent. Envahie d’un tas d’images qui mêlent valeurs politiques, historiques, souvenirs et sentiments intimes, je ne maîtrise plus les larmes qui coulent derrière mes lunettes de soleil. J’ai envie de m’élancer vers lui pour l’embrasser à lui rompre les os, faire quelque chose qui serait à la hauteur de mon émotion. Mais l’instant passe si vite, et je n’ai que le temps de lui serrer la main en lui adressant un profond merci qui me laisse un goût de bien trop peu. Quelle démarche magnifique que la sienne. Sa présence à nos côtés me fait un bien fou à l’heure des tumultes politiques et des tragédies humaines qui traversent l’Europe, cette Europe que nous rêvions paisible et accueillante, libre et juste. Désormais, Uwe, dans mon cœur, signifiera Espoir.  

Au cours du dîner, nous nous arrêtons quelques instants en pleine conversation, pour nous rendre compte de la beauté de l’instant présent : nous sommes en Pologne et nous, Laurent HUET, prêtre carme français habitant au Sénégal, Claire et Béatrice, françaises aux différentes racines, moi-même franco-espagnole, et Uwe, allemand d’origine suédoise, partageons un repas autour de la mémoire de nos familles dans un mélange de français, d’espagnol, d’anglais et d’allemand. Un sacré pied de nez au projet de Grand Reich aryen imaginé par Hitler. Et un intense bonheur.

Le samedi, nous partons dans la forêt de Gross-Born, site de l’Oflag IID mais également du Stalag 302, véritable charnier où sont morts plus de trente mille prisonniers russes. À l’entrée, les plans reconstituant les deux camps permettent un aperçu de ce que fut l’organisation des lieux à l’époque nazie. C’est au bord de l’emplacement de la voie ferrée par laquelle arrivaient les prisonniers qu’ont été érigés deux monuments en mémoire des officiers polonais et français. Nous déposons fleurs et bougies sous un soleil flamboyant, puis nous dirigeons vers l’entrée du camp, déjà sous les arbres. Là, de grands panneaux explicatifs dessinés par l’Office National des Forêts polonais nous offrent de précieuses informations sur les activités du camp, le fonctionnement et les (nombreux) tunnels creusés pour les évasions. C’est là que Beatrice, aînée de notre groupe, découvre avec une intense émotion sur l’un des panneaux une photo de son père aux côtés de ses camarades de captivité. Ici plus que partout ailleurs, les arbres portent dans leur sève le goût de l’Histoire. Comme un murmure permanent, presque un souffle. Qu’ont-ils vu, senti, respiré ? Cette forêt regorge de présence et avive en moi une nécessité de solitude urgente. Au bout du chemin, quelques centaines de mètres plus loin, le cimetière russe où ont été inhumés dix milles corps s’est trouvé une place au cœur du labyrinthe de bouleaux. Il semble que leurs âmes se soient gonflées en soulevant la terre, formant des monticules inégaux. Devant, une stèle résiste face aux intempéries, par ces mots rédigés en russe et en polonais : « Entre les croix de bouleau les arbres murmurent. Seule la pluie répand des gouttes de larmes Que les cris se fassent entendre dans le silence éternel ». Encore une fois, l’Histoire frappe à la porte de mes pensées, tiraillées entre la grandeur symbolique des lieux et les convictions intimes qui m’ont menée là. Je pense à ma mère en faisant couler le sable noir entre mes doigts, je me répète que c’est elle qui aurait dû se trouver ici. Ici, où le temps n’a pas tout à fait la même valeur qu’ailleurs. J’aimerais, par ma route, prendre soin de ce lien, désuni, entre ma mère et son père, en lui offrant de s’exprimer, de raconter, de transmettre, de partager. Et le rendre moins rude, moins amer, moins vif. 

Avant de partir à la découverte des vestiges de l’Oflag, Adam, notre fidèle accompagnateur guide-artisan de la fraternité franco-polonaise (ancien officier de la caserne de Choszczno, désormais en poste dans une unité logistique de l’armée polonaise), a récupéré pour chacun d’entre nous un cadeau bouleversant : un morceau de barbelés du camp. Une pièce à haute charge symbolique. Je constate avec un grand étonnement que les terres que nous foulons n’ont pas été nettoyées du passage des guerres. Nous nous trouvons sur une véritable mine d’objets retraçant les passages des hommes au cours de dizaines d’années. Au cours d’un précédent voyage, Uwe avait déjà réussi à trouver tout un tas de décombres diverses : masques à gaz britanniques, chaussures, vaisselle, casques, ustensiles de cuisine. 

A deux pas des limites de l’Oflag, au nord-est, aux portes de la faim, de la rudesse climatique et de l’attente, se trouvait un lac, paisible coin de paradis bordé de roseaux et de nénuphars, dont les prisonniers ont ignoré l’existence durant toute la durée de leur captivité. Je ressens la force de cette luminosité éclatante et de la vie silencieuse de cette nature qui reprend toujours le dessus par le passage du temps. 

La dernière journée me permet de visiter la ville de Borne Sulinowo plus en profondeur et de cueillir des souvenirs. La promenade sur les bords du lac apaise. Des enfants se baignent, quelques bateaux sont amarrés, une légère brise caresse les roseaux. Tout près de l’eau, je me retrouve entourée d’une nuée de libellules bleues qui semblent porter en elles l’intensité de la couleur du ciel. L’eau douce qui vient effleurer le pied des pins berce le temps. Ici aujourd’hui, la nature à l’état souvent sauvage s’est imposée sur les horreurs des hommes. Jour après jour, centimètre par centimètre, elle a conquis ces espaces meurtris et battus par de bien nombreux pas trop lourds. Tout près du Mess des officiers, du siège du KGB et des longs blocs rectangulaires délabrés qui restent pourtant encore bien debout sur l’ancienne base soviétique, le silence est presque assourdissant. La longue fresque retraçant le parcours peu ordinaire de la ville paraît interminable tant les épisodes qui ont marqué l’histoire de l’Europe, notre histoire, résonnent et prennent toute leur ampleur sur ce territoire. 
Se mêlent à nouveau en moi de nombreux questionnements quant à la manière juste et appropriée de réaliser l’indispensable travail de mémoire. Mémoire de ce qui fut, pour ne jamais oublier, et de ceux qui furent, pour tenter de comprendre. En foulant ces rues libres, je sens surtout la responsabilité de réfléchir à une forme d’empathie vis-à-vis de mon grand-père, portée par l’humilité et le profond respect qu’a renforcé ce voyage. Je sens le devoir de raconter, même si, je le répète car j’en suis intimement convaincue, il nous est absolument impossible de nous rendre compte réellement de l’impact sur un homme d’une telle expérience de captivité. Mais je sens également beaucoup de fierté pour ce grand-père qui participa à une forme de solidarité tout à fait extraordinaire, et qui porta certainement haut la nécessité de réfléchir, de penser, de créer des idées pour ne pas sombrer.

Le dimanche soir, veille de notre départ, Dariusz et son équipe nous ont préparé avec toute leur bienveillance caractéristique un barbecue de l’amitié que nous partageons avec le groupe cycliste de Monsieur WEPA…., fils d’un prisonnier polonais de l’Oflag IID de Gross-Born. Au programme : guitare, chants, saucisses grillées, cornichons russes, salades de choux et bières. La soirée, qui passera par un orage interminable, se clôturera à l’intérieur avec des danses, de la vodka, du cherry et des fou-rires inoubliables.

« L’océan de douleur, passé et présent, nous entourait, et son niveau a monté d’année en année jusqu’à nous engloutir presque. Fermer les yeux ou tourner le dos était inutile, car il était tout autour de nous, dans toutes les directions jusqu’à l’horizon. Nous ne pouvions pas, et nous ne l’avons pas voulu, être des îles ; les justes parmi nous, ni plus ni moins nombreux que dans n’importe quel autre groupe humain, ont éprouvé du remords, de la honte, bref : de la douleur, pour la faute que d’autres qu’eux avaient commise, et dans laquelle ils se sont sentis impliqués parce qu’ils sentaient que ce qui était arrivé autour d’eux, et en leur présence, et en eux, était irrévocable. Cela ne pourrait plus jamais être lavé ; cela montrerait que l’homme, le genre humain, en somme : nous, étions potentiellement capables de construire une masse infinie de douleur, et que la douleur est la seule force qui est créée avec rien, sans frais et sans peine. Il suffit de ne pas voir, de ne pas écouter, de ne pas faire. »
Primo Levi, Les naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, p.84-85.

À mon retour, j’ai déballé mes affaires sur mon lit et recueilli dans un bocal le sable de Gross Born que j’avais glissé dans ma poche. Puis j’ai défait minutieusement le paquet qui contenait les pommes de pin ramassés dans la forêt et sur les bords du lac. Plongée dans un récipient d’eau pour la laver, celle de Borne Sulinowo colora en quelques instants le liquide en rouge sang. Comme celui qui coula pour faire perdre la vie à des millions de personnes à cause de la folie des régimes totalitaires. Mais aussi comme celui que j’ai hérité de mon grand-père, teinté, je l’espère, d’espoir, d’honneur et de résistance.

Au cours de ce voyage, j’ai partagé des moments exceptionnels, intimes, émouvants, passionnants et drôles avec un petit groupe de personnes riches en cœur et en partage.
Merci à chacun et chacune d’entre vous.

 

Sur la route de Poméranie

Comme beaucoup de prisonniers, Robert QUILLE n’aimait pas parler de sa captivité et son épouse, réfugiée durant la guerre et la captivité chez sa mère près de Quimper avec sa petite fille d’un an, n’était guère plus loquace sur le sujet. Manifestement, ils avaient beaucoup souffert.
Nous savions que cette captivité s’était déroulée en Poméranie, de mai-juin 1940 jusqu’à avril 1945. Nous savions aussi que Robert était rentré grâce au soutien physique d’un de ses compagnons, Robert Camus, mais très affaibli. Il a repris une activité professionnelle à la Banque de France à Strasbourg à partir de l’été 1946, alors qu’avant la guerre il travaillait dans la restauration. Son propre père avait travaillé dans cette banque dans l’entre-deux guerres.
En 2002, mon attention est attirée par la critique d’un livre, «  Lettres de Poméranie » de Georges HYVERNAUD, parce qu’il parlait d’Arnswalde. Mon épouse me confirme que c’est bien la ville de captivité de son père.
La lecture de ce livre, puis de « La peau et les os » et de « Carnets d’oflag », nous apprend énormément sur la captivité de Robert : les conditions très difficiles, la rudesse du climat continental, l’insuffisance de l’alimentation, l’importance des colis et de l’entraide, les deux camps successifs, Gross-Born et Arnswalde, la marche vers l’ouest dans le froid et la neige en février et mars 1945 puis le troisième camp de SOEST, l’oflag VIA…
En 2002, Robert QUILLE était dans un état de santé qui ne permettait plus de l’interroger.… Nous en sommes donc restés aux informations de Georges HYVERNAUD.
En 2010, un ami nous propose un voyage en Pologne. Militant CFDT, il avait participé à ce titre au Congrès de Solidarność, en 1980, je crois. Il voulait revoir l’interprète mise à la disposition de la délégation. Nous avons répondu positivement à cette proposition à deux conditions : faire une étape à BERLIN et prendre le temps de rechercher le camp de prisonniers d’Arnswalde.
Et nous voilà à la mi-mai 2010, sur les routes pour trois semaines, avec nos deux petites caravanes Eriba, pour traverser la France, l’Allemagne et la Pologne. Un matin, on quitte Berlin pour Arnswalde ou plutôt CHOSZCZNO. A midi on pique-nique sur la place, près de l’église, il ne fait pas chaud. Pas d’indication de camp de prisonniers ni même de caserne. A l’aide de quelques mots d’anglais et d’une photo du camp, on sollicite les passants. Chance inouïe, une Polonaise se propose de nous y conduire. Nous voilà devant la caserne.
Notre guide s’adresse à l’accueil ; un militaire vient à notre rencontre expliquant que l’accès à la caserne nécessite une prise de rendez-vous ; mon épouse, fille de Robert QUILLE, explique que nous n’avions aucun élément pour prendre rendez-vous, que nous avions fait près de 2000 km… Le militaire s’éclipse puis revient après quelques minutes pour enfin nous accueillir. Il s’agit du commandant Adam SUCHOWIECKI (bien connu de nombreux adhérents de notre Amicale qui sont allés en Pologne – ndlr).
Nous sommes reçus près de deux heures ; visite des hébergements de l’actuelle caserne, salle d’honneur du régiment, cour, locaux non rénovés (dans l’état de 1945), bibliothèque française dont la responsable était notre guide rencontrée sur la rue, au pied de son immeuble. Coincidence !!! Le bâtiment administratif de 2010  hébergeait durant la captivité les réserves et cuisines dans lesquelles travaillait Robert QUILLE, homme de troupe, durant sa captivité.

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Discussion autour d’un café et c’est là que le Commandant SUCHOWIECKI nous explique que l’Amicale des oflags IID-IIB dispose d’un site internet où je trouverai tous les renseignements et témoignages souhaités. Il nous dissuade d’aller à Gross-Born où toutes traces du camp ont disparu excepté des socles de béton. Echange d’adresses, remises de souvenirs de la caserne et nous voilà en ville devant des plaques souvenirs du camp et des prisonniers.

Quelques photos et tout émus, nous poursuivons notre voyage vers GDANSK, VARSOVIE, CRACOVIE.

De retour à BREST, je consulte le site de l’Amicale ; dans la liste de 1946, je trouve sans difficulté mon beau-père, Robert QUILLE(photo à gauche) et ses deux amis, Robert CAMUS (photo à droite) et Armel SAUVEUR.

 

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J’imprime quatre-vingt pages de témoignages d’anciens prisonniers. Je découvrirai progressivement, lentement, toutes ces informations.
Je vais ensuite m’intéresser à la valise de Robert CAMUS. Ce copain de Robert QUILLE, qui l’avait soutenu dans la marche de retour dans le froid, est devenu le parrain de mon épouse en 1946. Il était à notre mariage en 1970 ; il était convié au baptême de notre aîné. Nous lui avons rendu visite à Paris vers 1975 puis une ou deux autres fois. C’était un bon vivant qui, lui, parlait volontiers de la captivité même si je ne savais sans doute pas poser les bonnes questions. A notre dernière visite, il a remis à mon épouse une petite valise en bois, à ses initiales R.C., à l’intention de son ami Robert QUILLE.
Ce dernier a fait l’inventaire : des cartes de France et d’Allemagne, des journaux de l’amicale de l’oflag, un petit agenda « mon livret de retour », un livre « Jusqu’à Bergen » dédicacé et différents documents relatifs aux médailles du travail. Mon épouse est devenue dépositaire de cette valisette.

Au décès de son père, en 2005, elle a aussi récupéré, avec son frère Robert, quelques souvenirs de familles : des photos de toute une vie, des lettres dont une dizaine de la période 39-45, des décorations…
Progressivement l’idée a germé de rassembler toute cette matière et d’en faire, avec l’accord des deux enfants de Robert QUILLE, une sorte de biographie de la famille, «  Drôle de guerre, drôle de vie », qui faisait une grande place à la période de captivité.
Nous avons adhéré à l’amicale de l’oflag IID-IIB par solidarité et aussi par souci d’être informés des activités et nouvelles de l’Amicale.
La biographie était terminée en mars 2016 à l’occasion de la cousinade de la famille QUILLE.


L’envie d’un deuxième voyage sur les traces de Robert QUILLE.
Le travail de recherche de ces dernières années apporte de nombreuses réponses mais aussi de nouvelles questions : Robert a été fait prisonnier le 17 mai 40 mais la famille n’a été informée qu’en août 40, quand est-il arrivé à Gross-Born ? Il a été fait prisonnier à MARLY, mais il y a 7 MARLY en France, dont trois au nord du pays, lequel est-ce ? Par les archives de CAEN et de VINCENNES, j’aurai des réponses à ces questions. Dans les « papiers » de Robert, il y a une liste (dressée par les Allemands à l’oflag IID) de 14 noms dont le sien ; un examen plus attentif permet de remarquer qu’il s’agit d’Alsaciens ou de Lorrains. Pourquoi cette liste, dont aucun nom ne paraît sur la liste des prisonniers dressée en 1946, excepté celui de Robert Quillé ? J’ai trouvé trace de quatre parmi les quatorze comme « malgré-nous ».
Par le journal de l’Amicale de 2016, suite au voyage de Dominique SABROUX à SOEST, j’ai appris qu’on pouvait encore voir l’oflag VIA où Robert a été libéré…
Toutes ces informations et ces interrogations donnent envie d’y retourner. On propose au frère de mon épouse, Robert QUILLE junior, un voyage sur les traces de son père : passage à MARLY GOMONT lieu de l’arrestation de Robert et dans la forêt voisine de Regnaval, espace de sa dernière nuit de liberté ; deuxième étape à SOEST, site de la libération de Robert ; puis Arnswalde, deuxième site de captivité et dernière étape, la forêt de Gross-Born et le musée, espace mémoire suite à la disparition du camp.
Robert QUILLE et son épouse acceptent sans hésitation cette proposition, complétée par une halte de trois jours à BERLIN et la visite de trois grandes villes de POLOGNE : GDANSK, VARSOVIE et CRACOVIE. Un périple de 22 jours.

(de G à Dr : Mme ENGELBACH, R QUILLE, J LE ROUX M. QUILLE)

Avec les conseils et l’aide précieuse d’Etienne JACHEET, j’ai préparé ce voyage : à SOEST nous étions attendus par Madame ENGELBACH sollicitée par Etienne JACHEET et Madame VOSWINCKEL connue de Dominique SABROUX, toutes deux en relation avec Madame KOSTER, responsable du musée ; une visite de 6 heures entre la ville, le déjeuner et l’ancien oflag VIA.

 A CHOSZCZNO nous étions attendus par Gabriela SMOLIJ, (elle aussi bien connue de nombreux adhérents de notre Amicale qui sont allés en Pologne et ont pu ainsi apprécier son travail de traductrice en tant qu’ancienne professeure de français du lycée de Choszczno – ndlr), connaissance d’Etienne JACHEET, avec qui nous avons déjeuné avant de nous rendre à la caserne polonaise. C’est Etienne JACHEET, aidé du Cdt SUCHOWIECKI qui nous a obtenu un rendez-vous à la caserne où le commandant LANDOWSKI nous attendait accompagné d’Adam SUCHOWIECKI qui nous avait accueillis en 2010. Nous avons visité un block, la grande halle en béton, (la Turnhalle – ndlr), les baraques (garages - ndlr), Robert QUILLE a dû loger dans l’une d’entre elles, le bâtiment administratif qui hébergeait cuisine et réserves, où travaillait Robert durant la captivité. ( de G à Dr : J et M Le Roux,A Suchoviecki, G Smolij, Cdt Landowski, R et CH Quillé, deux militaires de la caserne)

Nous avons bavardé autour d’un café avant de nous rendre à 35 Km au sud de Choszczno, au musée de Dobiegniew (Oflag IIC d’officiers Polonais prisonniers bien connu de Français - ndlr), accompagnés toujours de Gabriella SMOLIJ et d’Adam SUCHOWIECKI. Nous sommes arrivés à la fermeture, mais la responsable du musée nous a aimablement reçus durant une bonne demi-heure. C’est la première fois que nous voyions les équipements d’un camp et des chambres : lits superposés, poêle, tabourets, schubinettes… ( de G à Dr : M Quillé, G. Smolij, A Suchowiecki,  Ch. Quillé et la responsable du musée))

Retour à la gare de SCHOSZCZNO, à l’église devant les stèles souvenir du camp et nous prenons congé vers 18 H.

Le lendemain, après une nuit au camping dans la ville de CZAPLINEK, nous nous rendons à BORNE SULINOWO. L’office de tourisme nous donne les indications pour atteindre le site de l’oflag IID. Dès l’arrivée nous remarquons les stèles dressées en hommage aux prisonniers, le plan du camp, le lac visible entre les arbres en contre bas de la route. La disparition des baraques n’enlève rien à l’émotion provoquée par ce site isolé, à une vingtaine de Km de GROSS-BORN ; je ne peux m’empêcher de penser aux promenades des prisonniers par groupe de 50 sur la route proche du camp, aux quelques évasions à l’occasion de ces promenades ou par les tunnels creusés dans le sable et ensuite la longue marche à travers la forêt pour atteindre la gare distante de 35 km (pour ceux qui allèrent, comme Bertrand de Cuniac, jusqu’à Deutsche Krone (aujourd’hui Wałcz) – ndlr) ; j’imagine aussi la désolation du site quand viennent le long hiver et le froid glacial…

A 13 H, grâce à Etienne JACHEET, nous avons rendez-vous avec Dariusz CZERNIAWSKI, Directeur du musée de BORNE SULINOWO (également très connu de nombreux adhérents de notre Amicale qui sont allés en Pologne – ndlr). Ce musée se développe depuis 9 ans grâce la perspicacité et à la persévérance de son directeur, témoin de l’histoire du camp de Gross-Born dont il ne reste que des plots en béton (et des emplacements de baraques, et du terrain de sport ; par exemple les 5 baraques bien repérables du Block IV quand on monte sur la légère colline - ndlr). Le Directeur nous accueille sous un soleil ardent et nous explique le destin unique et paradoxal de cette ville, vouée totalement à l’armée soviétique au lendemain de 1945 et ce jusqu’à la disparition du Bloc de l’est après 1989. La ville a hébergé jusqu’à 15 000 militaires soviétiques, chacun peut imaginer l’ampleur des hébergements, des terrains d’entraînements…

Depuis 20 ans BORNE SULINOWO, tourne la page, se forge un nouveau destin civil. Beaucoup de bâtiments sont reconvertis, en particulier en logements. Mais les bâtiments à l’abandon ou en ruines sont encore légion. La ville est agréable avec sa large avenue, égayée de parcs, de fleurs et d’arbres.

 

Le directeur nous explique que le musée a trouvé refuge dans d’anciens bâtiments militaires allemands bien rénovés. Il en est de même du lycée voisin qui a choisi un nom en hommage à l’oflag IID et à ses anciens prisonniers français puis polonais (« Bohaterów Oflagu IID » = « Les héros de l’Oflag IID » – ndlr).
A l’entrée du musée, le directeur attire notre attention sur les deux fresques à la chaux, de part et d’autre de l’entrée, œuvres de Dominique SABROUX et de son  équipe de l’association « Les Passeurs de Fresques » de Troyes (Aube). L’une représente une colonne de prisonniers en rangs serrés, l’autre l’envol d’oiseaux au-dessus d’un fil barbelé ; une troisième fresque, dans la première salle, représente, sauf erreur, le plan de la ville de « BORNE SULINOWO » à partir de 1993, ex « GROSS-BORN LINDE » avec des habitants venant de l’est et de l’ouest (en fait de partout) pour repeupler cette ville désertée par les troupes soviétiques ; cette fresque (‘ photo ci-dessous) vient d’être réalisée au début  juin par la même association présidée par Dominique SABROUX. Le thème a été créé par Madame Danièle TOURNEMINE, artiste française présente lors de la réalisation de cette grande fresque (son site internet : http://danieletournemine.fr/ - ndlr).

Le Directeur nous commente ensuite des documents, des témoignages de prisonniers relatifs à la captivité, des objets de la vie quotidienne des prisonniers, des œuvres qu’ils ont réalisées au cours de leur long enfermement. Après un échange autour d’un café, nous découvrons une seconde salle beaucoup plus vaste. Les murs sont déjà habillés de nombreux objets souvenirs confiés par les familles des prisonniers, par exemple par Etienne JACHEET, de photos de la captivité, hommage à André RABIN, froidement abattu en mars 1942 au sortir du tunnel d’évasion patiemment creusé durant près de six mois … La salle se trouve cet été en travaux pour la réalisation de cellules d’exposition pour accroître d’une façon importante les surfaces disponibles. Dariusz CZERNIAWSKI est ambitieux pour le devenir du musée de BORNE SULINOWO, témoin parlant et vivant de la souffrance des prisonniers français puis polonais en captivité à GROSS-BORN.

 

Gentiment Darius nous reconduit à nos voitures. Après deux jours sur ces sites de captivité, nous quittons nos hôtes, la tête remplie d’images, d’émotions, de souvenirs très forts à transmettre à nos enfants et petits-enfants.

Nous découvrons ensuite GDANSK, VARSOVIE et CRACOVIE.

 

Un tel voyage de trois semaines peut sembler ambitieux, voire fatigant. Mais on peut faire plus court mais tout aussi riche de souvenirs et d’émotion. L’avion peut vous déposer à BERLIN en fin de matinée. Une voiture de location vous permet d’être à CHOSZCZNO (trois heures de route) en fin d’après-midi. Vous consacrez le deuxième jour à l’oflag IIB et au musée de Dobiegniew. Le troisième jour étape à BORNE SULINOWO. Quatrième jour, retour à BERLIN et PARIS (c’est, pour la partie « Pologne » à quelque chose prêt le programme des voyages organisés depuis 2001 par le secrétaire général de l’Amicale – ndlr).
Pour ce qui concerne la langue, Etienne JACHEET nous a mis en relation avec des personnes francophones à SOEST et CHOSZCZNO ; en revanche à BORNE SULINOWO les échanges se sont faits en anglais.
Un voyage qu’on n’oublie pas !
Jean LE ROUX, gendre de Robert QUILLE