Conférences
Conférence de Mr LAUREAU

EXPOSE FAIT PAR Mr R. LAUREAU - Inspecteur général adjoint
Le 5 novembre 1941
à la salle de conférence de la Région du Sud Ouest (SNCF)

 

Monsieur le directeur m’a demandé de vous parler de nos prisonniers. Je m’en trouve un peu gêné. C’est que tout ce que j’ai à vous dire est en leur faveur : je ne peux que louer devant vous leur dignité dans l’épreuve, m’associer à leurs pensées, souhaiter qu’ici, comme dans les camps, l’on comprenne enfin que nos désastres n’ont été que la conséquence de nos propres fautes.

Ayant été des leurs, je vous prie par avance d’excuser mes paroles. Elles ne peuvent, cependant qu’être conformes à ce dont je suis convaincu, vous dire ce que j’ai vu, ce que j’ai senti en commun avec mes camarades, ce que je sais être vrai. Ma sincérité me vaudra, je l’espère, votre indulgence.

Ces réserves faites, je suis heureux de profiter de l’occasion qui m’est ainsi offerte aujourd’hui pour orienter pendant quelques instants vos pensées vers nos prisonniers, vers ce million et demi de Français pour lesquels, trop souvent, on ne trouve ici qu’indifférence, sinon oubli. Ils méritent cependant autre chose que cette indifférence trop répandue, eux qui, bien qui des moins coupables, des moins responsables de nos désastres, sont aujourd‘hui de ceux qui payent le plus, qui souffrent plus.

En passant, et au risque de n’être qu’un mauvais prédicateur, je voudrai vous faire part d’un souvenir qui m’est revenu en préparant cette causerie. Dans les camps circulent en grand nombre des images pieuses, variées par le sujet mais portant toutes le même texte, un texte tiré d’une lettre de St Paul aux Hébreux :« Souvenez-vous des personnes comme si vous étiez captif avec eux », je ne sais si ces images sont aussi répandues ici où elles seraient cependant mieux à leur place que dans les camps, mais permettez-moi de vous demander de faire vôtre les paroles de St Paul et de les faire entendre souvent à ceux qui vous entourent.

Dans ces quelques mots, je voudrai aussi tenter, mais cela est plus difficile, de vous faire participer aux méditations, aux résolutions des prisonniers. Ils ont, sur nous qui sommes, ici un privilège : ce privilège est le seul, mais il a son prix, un grand prix : c’est celui d’avoir le temps de penser, de méditer. S’ils échappent au tourbillon des affaires, à l’accaparement du métier, à la fièvre de la vie dont nous sommes tous ici à des degrés divers les victimes, ils savent mettre à profit cet avantage. Je voudrai vous apporter ce témoignage que les prisonniers tirent parti, le meilleur parti possible, de leurs loisirs forcés et que, lorsqu’ils reviendront, c’est plus fort, enrichis moralement, que vous les reverrez. Cela, il faut le savoir, il faut aussi que vous le fassiez savoir autour de vous afin qu’ici, en France on éprouve une sorte de jalousie pour cet enrichissement moral des prisonniers, qu’il en résulte une émulation dans le pays, émulation qui sera la source d’un grand profit pour toute la communauté française. S’il en était ainsi, et il faut qu’il en soit ainsi, leur retour, retour auquel nous devons sans cesse penser, et que nous devons favoriser par nos actes, par nos paroles, par nos abstentions aussi,  nos camarades se verront épargner la déception profonde de ceux qui, après avoir vécu au milieu d’eux , sont rentrés ici les premiers.
Il y a 5 mois que mon expérience de prisonnier a pris fin. 5 mois déjà, comme ces 5 mois ont passé vite !

La mesure du temps me parait profondément changée depuis mon retour. Mais qu’est-elle aujourd’hui pour ceux que nous avons laissés derrière nous ?

Ces 11 mois de captivité, je les ai passés à l’OFLAG II D, camp situé en un lieu dénommé Westfalenhoff, en Poméranie :  baraques en bois plantées sur le sable, en bordure de la forêt de pins et que, à distance, vous pouvez vous représenter quelque part entre Stettin et Dantzig. C’est un camp, où tout compte fait, on n’est ni mieux, ni plus mal que dans les autres. Plus mal que la moyenne pour ce qui est de l’installation matérielle, de « l’espace vital » accordé à chacun, il offrait à chacun peut-être, par contre, lorsque je m’y trouvais, quelques facilités de ravitaillements supplémentaires par rapport à d’autres camps. Mais ce qu’il avait de bien commun avec tous les autres camps, c’était deux choses : l’une du domaine matériel, l’autre du domaine moral ; la première, c’était les barbelés, la deuxième, c’était l’esprit, le climat de cette communauté de 4 000 Français, coupés de la Patrie.

En m’entendant vous parler des barbelés, sans doute pensez-vous que je ne vous apprends rien de bien nouveau, rien que vous ne sachez déjà. Cependant, savez-vous vraiment bien ce que sont les barbelés pour les prisonniers ? Je vais essayer de vous le dire.

Les barbelés, c’est une barrière puissante de 3 mètres de haut, de 2 mètres d’épaisseur qui les sépare du reste du monde. Suffisante par elle-même pour ne pas pouvoir être franchie, cette barrière est, en outre, protégée, si j’ose dire : des fusils mitrailleurs dont vous voyez le canon émerger des fenêtres des miradors, vous rappellent qu’il est interdit d’y toucher, même d’en approcher. Ces barbelés, vous les trouvez à tout instant sur votre route. Voulez-vous procurer à vos jambes l’exercice qui leur est nécessaire ? Eprouvez vous le besoin de faire une marche rapide pour échapper à l’emprise qu’une trop longue immobilité donne au froid sur vos membres ?  Toujours votre déplacement est limité par les barbelés. A l’intérieur du camp même vous les trouvez devant vous qui interdisent de diriger vos pas ici plutôt que là.

Mais voici la nuit venue, au moins sous un beau ciel étoilé, si le froid n’est pas trop  vif, pensez vous pouvoir donner quelques instants dans l’obscurité, en levant la tête, l’illusion d’être seul en face de la nature, pas même, les barbelés s’imposent toujours à vos regards, ils sont là, devant vos yeux, sur le fond sombre de la forêt, ils se détachent, blancs de givre, étincelants sous les feux des puissants projecteurs qui les illumineront jusqu’au retour du jour et qui vous aveuglent et rendent difficile de vous livrer à votre contemplation.

Sans cesse, les barbelés vous interdisent d’oublier votre condition de captif, d’échapper au sentiment de votre impuissance. Ils vous rappellent qu’entre votre pays et vous, entre vos vieux parents qui ne seront peut-être plus là quand vous rentrerez , votre femme qui souffre , elle aussi en silence et doit lutter seule et péniblement souvent contre les difficultés de la vie, vos enfants qui grandissent, se transforment sans vous, et peut-être, dans la légèreté et l’insouciance de leur jeune âge , vous oublient un peu  eux aussi ; entre tout ce monde cher et vous, il y a une barrière infranchissable, immuable, contre laquelle vous ne pouvez rien, contre laquelle personne ne peut rien qu’attendre qu’un jour- mais quand ?- elle s’ouvre enfin pour vous . Elle est là la vraie souffrance du prisonnier.

Certes pour lui, il y a aussi autre chose, l’inconfort, la pauvreté, la nourriture insuffisante et pauvrement préparée. L’obligation de subir à tout instant la vie en commun ( car ceci également est pénible de n’avoir jamais un coin, aussi petit soit – il ,où vous puissiez vous trouver seul avec vous-même, où vous puissiez éviter un instant, si court soit-il, les conversations des autres), de devoir faire tout  en commun , mesurer l’amplitude de vos gestes à ce que permet l’espace réduit qui vous est alloué , de ne pouvoir même accéder à votre couchette  misérable sans tenir compte des mouvements de vos voisins ( d’en  dessus, dans dessous et d’à côté).

Sans doute y a-t-il aussi le froid, la dureté de la couche sur laquelle quelques brins de paille réduits à l’état de poussière depuis de nombreux mois que vous les foulez, vous séparant la planche.

Mais qu’est-ce que tout cela côté de l’obsession de votre condition captif dont vous n’osez plus vous demander si elle prendra fin un jour et quand viendra ce jour.
……C’est cela, je le répète, la grande souffrance du prisonnier, celle qui domine toutes les autres.

Certainement il est sensible à ce que, ici, nous faisons pour lui, au peu que nous pouvons faire. L’arrivée d’un colis est pour lui une joie. Certes, il est en apprécie le contenu, les chaudes chaussettes de laine, les sardines à l’huile, le paquet de « Gauloises », le livre d’histoire et les biscuits, les arrivages Pétain ! Oui, il apprécie toutes ces choses prises dans sa pauvreté. Mais, en silence, lui et ses camarades qui le regardent déposer sur la table crasseuse tous ces objets précieux, goûtent ils peut être davantage encore l’air du pays qui se dégage de ce qui est devant leurs yeux.

Ce que nous pouvons faire, la seule chose que nous puissions faire pour les prisonniers : adoucir leur exil tant moralement que matériellement n’est pas vaine. Il faut poursuivre nos efforts dans ce sens avec persévérance, il faut accroître ces efforts, mais tant que durera leur captivité, tout restera cependant à faire.

Vous comprendrez, maintenant, pourquoi je vous ai un peu longuement parlé des barbelés.

Récemment, dans un train, j’ai rencontré un officier en tenue, visiblement un prisonnier rapatrié. J’engageai la conversation avec lui. Il rentrait au titre d’ancien combattant. Sur sa vareuse, il portait la légion d’Honneur et la Croix de Guerre1914- 1918-au ruban bien garni ( c’était un capitaine de chasseurs). La brièveté de la campagne de 1940 ne lui avait permis d’ajouter un nouveau ruban à ceux qu’il avait déjà. Il y avait suppléé, à côté de son ancienne Croix de Guerre, il avait cousu, bien proprement découpé à la dimension règlementaire des rubans, un petit morceau de barbelé. Ceux qui n’ont pas compris quel symbole le barbelé est pour le prisonnier, souriront peut être de ce geste. Un prisonnier n’en rira pas.

Hanté par cette obsession de leur condition, les prisonniers réagissent courageusement, cherchent à s’évader en esprit, puisque, pour la plupart d’entre eux, tout autre genre d’évasion ne serait qu’une entreprise folle. Voyez le programme des conférences qui vient d’être affiché au pignon de cette baraque, protégé des intempéries par un auvent élégant en tôle de boites de conserve ( on fait bien d’autres choses, plus compliquées et ingénieuses qu’un auvent avec des boites de conserve !)

Que lisez vous sur ce programme ?

  • Conférence sur une Province Française
  • Géographie économique du Maroc
  • Molière et son temps
  • La Doctrine Sociale de l’Eglise
  • La Littérature française entre les deux guerres
  • Economie libérale et économie dirigée

Etc , etc…

Des fêtes passent : celle de Jeanne d’Arc, le 1er Mai, nouvelle fête nationale et en même temps la St Philippe, fête du maréchal. Elles sont célébrées avec ferveur : brillantes conférences, offices religieux solennels, séances récréatives, évocatrices de nos gloires nationales.

Les prisonniers ne manquent pas une occasion d’évoquer notre passé, d’en tirer des leçons, d’y rattacher le présent, de refaire l’inventaire de notre patrimoine national, historique, littéraire, artistique, de combler les lacunes possibles de leurs connaissances.

Ces causeries, ces conférences, alimentent les conversations, provoquent des réflexions, des méditations solitaires, plus souvent des discussions en commun. Elles conduisent à analyser les fautes qui nous ont conduits au désastre, à en rechercher les remèdes. Elle aboutissent à créer cette conviction commune à tous les prisonniers, que quelque chose doit être changée en France, que le retour au passé est impossible, que tout ce qu’il peut y avoir chez nous  d’égoïsme, de paresse, de laisser aller, doit être détruit. Ils ont mis leur confiance entière dans le Maréchal pour réaliser ce programme. Ils voudraient pouvoir lui apporter le concours de toute leur ardeur, de toute leur foi. Ils voudraient que tous ceux qui ont échappé à la captivité, lui donnent le leur, entier, total. Qu’il n’en soit pas ainsi, les prisonniers s’en rendent compte incomplètement peut être, mais ils en ont le sentiment et, dans la profondeur de leur conviction à eux, ils ne comprennent pas et ils souffrent de ce qu’ils apprennent.

Pourquoi le moral du pays n’est il donc pas à l’unisson de celui des prisonniers ?

Je ne répondrai pas à cette question, qui me ferait d’ailleurs, sortir du cadre de cette causerie. Mais, ce que je sais, c’est comment les prisonniers en sont venus à leur état d’esprit commun- chose curieuse- à tous les camps de prisonniers, à des camps n’ayant entre eux aucun moyen de communiquer.
Les témoignages que m’en ont donnés de nombreux camarades rentrés des camps différents me l’ont confirmé.

L’explication, nous la trouverons, je crois, dans une parole du Maréchal. le 3 janvier 1940, le Maréchal Pétain inquiet de tout ce que, malgré la situation de la guerre, il voyait continuer à aller mal chez nous, écrivait à un colonel de ses amis :« Je crois que la vie est trop facile. Pour stimuler les énergies, il n’y a rien de tel que la souffrance »
La souffrance, c’est là, je crois, la condition commune qui unit tous les prisonniers et qui, après les avoir faits se redresser dans l’épreuve, a orienté leurs pensées dans une commune direction. C’est elle, l’explication de l’unanimité de leurs sentiments.

Cette souffrance, elle a commencé le jour de la capture. Les prisonniers ont alors vu l’effondrement autour d’eux, la désorganisation, la déroute. Ils ont subi cette humiliation- Il faut l’avoir subie pour savoir ce qu’elle est – d’avoir à lever les bras en l’air pour sauvegarder leur existence, leur pauvre vie dont en la perdant, n’ayant plus de munitions pour la plupart, ils ne pouvaient plus rien faire d’utile. Puis, encadrés par des sentinelles allemandes, ils ont parcouru vers l’Est, les routes de France sous les regards consternés des paysans des villages.

Ils ont même subi cette immense confusion d’être reçus, eux les vaincus de la plus grande défaite de notre histoire, acclamés comme des triomphateurs par les habitants de certaines de nos villes et de nos villages de l’Est.
Ceux-ci, au moment où tout semblait perdu, crânement en présence des vainqueurs surpris, auxquels ils se mêlaient sur les trottoirs, clamaient leur foi dans les destinées de la France, leur confiance aussi dans ces prisonniers dont ils ne doutaient pas qu’ils avaient fait ce qu’ils avaient pu, de leur mieux. En ceci, ils ne se trompaient pas, mais malgré tout, quel est le prisonnier qui, à ce moment, n’aurait pas voulu pouvoir disparaitre sous terre pour se dérober à ces ovations ? Il fallait pourtant les entendre, les larmes aux yeux.
Ensuite pour parfaire cet accablement dans la réalisation de l’amplitude, de la totalité de la défaite, ce fut l’embarquement sur la rive droite du Rhin, le départ toujours vers l’Est ; les yeux fixés sur les dernières crêtes des Vosges qui se faisaient plus petites, et, peu à peu, disparaissaient l’horizon.
En cet instant, ce fut pour chacun un grand déchirement, le doute, l’incertitude. N’était ce pas la rupture complète avec le passé ? Vers quelle pénible et nouvelle destinée s’acharneraient ils ? Que retrouveraient ils de la France ? de leur patrimoine, lorsqu’ils reviendraient ?  Tout, n’était il pas perdu ? Mais, bien vite, si la souffrance resta aussi grande, elle prit la forme que je vous ai dite en commençant, la confiance revint : les destinées de la France étaient miraculeusement reprises en mains par le Maréchal, lui le vainqueur de l’autre guerre, qui après, avoir assisté impuissant pendant des années à l’annihilement de son œuvre, avait su faire abstraction de tout faux sentiment pour ne voir que le réel, et, ne songeant qu’à la France, sauvé ce qui pouvait être sauvé.

C’est sous le poids de cette souffrance, mais dominés par la volonté de faire revivre la France  plus belle qu’autrefois, de collaborer à son redressement que les prisonniers sont devenus  ce qu’ils sont.

Ils sont unis comme le Maréchal à demander de l’être, comme on devrait être uni ici.

Pour eux, la défaite n’a pas été un accident mais l’aboutissement inéluctable d’un long état de choses avec lequel il faut rompre. La situation qui nous est faite actuellement n’est pas une épreuve passagère dont le remède viendrait tout naturellement à son heure, du fait de je ne sais quelle hypothétique intervention extérieure, une épreuve que nous aurions à subir uniquement en croisant les bras et en attendant passivement des temps meilleurs. Non, les prisonniers croient, ont la conviction profonde et absolue de la nécessité de faire du neuf. Ils sont convaincus que c’est par nous-mêmes seulement que nous nous sauverons, que tout autre espoir plus ou moins avoué n’est qu’une funeste chimère.  Pour cela écoutons la voix du Maréchal. A lui, les prisonniers, les hommes de troupe plus encore peut être que les officiers dont j’étais, ont voué un véritable culte. Son image pauvrement mais pieusement encadrée, se trouve dans chacune de leurs chambres. Ils sont avides de lire ses discours qu’ils ne peuvent entendre, de connaitre ses consignes et ses paroles qui ne montrent pas la voie de la facilité, mais le chemin rude et sûr de la sagesse.  Ceux d’entre eux qui sont rentrés ces dernières semaines ont retrouvé dans l’allocution d’accueil que, par l’intermédiaire de l’appareil enregistreur, il leur adressait à Chalons, la traduction parfaite de leurs propres sentiments. « Il ne s’agit pas d’être pour ou contre quelqu’un, il s’agit d’être simplement et uniquement français, de penser français, de parler français. »

Ma conclusion sera celle-ci :

Aux jours tragiques de 1940, le 13 juin, le Maréchal s’adressait en ce termes au Conseil Des Ministres :
» Le renouveau français, il faut l’attendre bien plus de l’âme de notre pays que nous préserverons en restant sur place, plutôt que d’une reconquête de notre territoire par des canons alliés, dans des conditions et un délai impossibles à prévoir.  Je ne suis donc d’avis de ne pas abandonner le sol français et d’accepter la souffrance qui sera imposée à la Patrie et à ses fils. La renaissance française sera le fruit de cette souffrance. »

Ces paroles étaient prophétiques car la renaissance française est en marche. Croyez moi , Messieurs, lorsque je vous dis que dès maintenant, dans la souffrance, les prisonniers se préparent merveilleusement à être les meilleurs et les plus ardents artisans de cette renaissance. Pour cette œuvre, ils sont fermement résolus à suivre le Maréchal, de tout leur dévouement et de tout leur cœur, dans toutes ses décisions.

                                                                      

5 novembre 1941